lundi 7 novembre 2016

Hypancistrus zebra (L046), à l'annexe 3 de la CITES

Photo : Aqua Press - Tous droits réservés

Le L046 (Hypancistrus zebra) est désormais inscrit à l'annexe 3 de la CITES (Convention Internationale des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction), également connue sous le nom de Convention de Washington. Cela permet au Brésil d'imposer des mesures de protection internes sur une espèce ornementale, sans avoir à en débattre avec d'autres pays.

Ce petit Loricariidae rhéophile est endémique du rio Xingu, et ne se retrouve donc qu'au Brésil. Il a fait sensation dès sa première importation au cours des années 1990. Pendant longtemps, sa reproduction est restée aléatoire, n'ayant pas permis un approvisionnement régulier. Ce qui a conduit à une surpêche dans ses eaux natives, à des fins ornementales. L'espèce n'étant pas très abondante même en milieu naturel, elle s'est longtemps échangée à des prix jamais atteints pour un "petit pléco" ! Aujourd'hui, grâce notamment aux éleveurs asiatiques, la situation est en train de changer. Il n'empêche qu'il existe toujours un trafic important de spécimens sauvages, qui menace cette espèce peu féconde.

En inscrivant Hypancistrus zebra à l'annexe 3 de la CITES, le Brésil contrôle ainsi son exportation et se dote théoriquement de moyens pour limiter son trafic. Il ne s'agit pas d'en interdire totalement l'exploitation, mais de la réguler pour éviter l'extinction du L046.
On doit donc se réjouir de cette initiative et, concernant ce poisson à la situation critique en milieu naturel, on ne peut que recommander l'acquisition de sujets d'élevage seulement. À condition toutefois d'être en mesure de les héberger correctement. S'il s'agit d'un très beau Loricariidae, sa maintenance n'est pas à la portée de tous (filtration sur mesure, brassage important de l'eau, etc.) et on conseillera aux néophytes de privilégier l'ancistrus "commun", bien plus à leur portée.

Toutefois, il ne faut pas oublier que la situation critique de Hypancistrus zebra en milieu naturel n'est pas seulement due à la surpêche à destination du marché aquariophile. La mise en service du très décrié barrage de Belo Monte (incluant les écologistes, mais aussi les populations indigènes déportées, qui n'ont pas eu non plus leur mot à dire) menace bien des espèces rhéophiles du bassin du rio Xingu. Si sa pêche va être régulée d'ici 90 jours (à condition que les moyens soient réellement mis en place…), qu'est-ce qui sauvera ce poisson d'un bouleversement majeur en cours de son écosystème, non maîtrisé par la communauté aquariophile ? Comment va-t-il s'adapter à ces nouvelles conditions de vie ? Et comment, avec un courant désormais limité ou absent, va-t-il pouvoir se reproduire correctement ? Hélas, la Convention de Washington est encore peu adaptée pour répondre à ces questions.

Il n'empêche que c'est un premier pas en vue de la sauvegarde de cette espèce menacée. Au Brésil maintenant de prouver sa bonne foi et qu'il fera tout, sur le terrain, pour assurer la pérennité du L046… en espérant que si par malheur il venait à disparaître, l'aquariophilie ne sera pas la seule à être pointée du doigt, faisant oublier la responsabilité du barrage de Belo Monte. Les aquariophiles seraient alors de parfaits boucs émissaires, d'autant qu'ils sont peu armés pour se défendre. Il faut donc, à notre petit niveau, rester vigilant…

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire